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Dans ce roman, on suit Philip Wing, architecte du futur (non pas qu'il crée notre futur, mais il est architecte dans une époque future indéterminée).

Dans ce futur, la Terre est gentiment sondée par "les messagers" pour rejoindre la communauté des espèces intergallactiques qui sont assez intelligentes pour se parler.

Du fait de ces échanges d'information, on en vient, parce que Philip Wing est - hasard ou coïncidence - le Gugenheim de l'époque, à lui demander de s'en aller sur une planète lointaine et peuplée (évidement, puisque les terriens restent coincés dans leur puits gravitationnel) pour y batir le tombeau de leur principale dirigeante. ce pour quoi il devra devenir comme eux (c'est-à-dire un extra-terrestre).

Ce court résumé vous révèle une bonne partie de l'intrigue, qui est somme toute assez transparente. Dans ce roman, il n'y a donc pas de course-poursuite, pas de fin du monde, pas même de combat de rue. Rien qu'un homme, que son destin va emmener plus loin qu'aucun autre avant lui. Pour un voyage qui ne pourra pas le ramener dans son présent (sans voyage plus vite que la lumière, faut pas rêver, aller à 80 années-lumières et en revenir, c'est fair eun voyage d'au moins 160 ans dans le futur). Du coup, on se demande bien à quoi l'auteur peut occuper les 350 pages de ce roman.

Eh bien la réponse est somme toute assez simple. D'abord, il faut convaincre le personnage principal de quitter sa Terre natale (ce qui, évidement, se fera avec un peu de manipulation). Ensuite, il faut qu'il s'adapte à sa nouvelle planète avant enfin de s'atteler à sa création. Tout ça ne va évidement pas sans mal, et c'est bien pour ça que le roman est si long : il ne veut pas partir, ni même parler aux "messagers", il ne veut pas non plus parler avec les fameux extra-terrestres, qu'il considère comme effrayants, et enfin il a beaucoup de mal à adapter son art à l'environnement local (puisque sur cette autre planète la gravité est inférieure d'un quart).

Bon, vous me connaissez, d'habitude, l'introspection, je n'aime pas. Eh bien ... là non plus. Sauf qu'en fait, il n'y en a pas trop : si on suit les pas du personnage principal, son état d'esprit ne nous est révélé que dans les dialogues, ou dans les rares scènes où il pète les plombs. Du coup, j'ai eu l'impression que l'auteur restait toujours au bord de cet abîme, dans lequel il aurait pu tomber si facilement. Risqué, mais somme tout assez plaisant du point de vue du lecteur.

A côté de ça, évidement, le roman nous gratifie d'une race extra-terrestre raisonnablement proche des humains pour que ce soit facile à comprendre (mis à part bien sûr le messager nommé Mendele - qui semble trouver son nom dans al culture judaïque), mais égaelment suffisament différente pour que le sentiment d'altérité soit palpable : ils sont poilus, ne se regardent jamais dans les yeux, et utilisent donc un système de communication non verbale à base de signes des mains assez difficile à traduire dans un roman (je trouve d'ailleurs que c'était une rassez mauvaise idée de l'auteur, puisqu'on ne comprend pas trop les signes, mais uniquement leur contenu). Ah, et ils sont quasment immortels : quand ils deviennent vieux, ils vont dans un endroit spécial où ils se régénèrent en quelques années (enfin, je l'ai compris comme ça).

D'autres thèmes sont également intégrés : les implants (qui permettent au personnage principal de comprendre ces extra-terrestres), la nature des fameux messagers, la nature également de la religion de ces extra-terrestres (celle-ci m'a paru assez ridiculement basée sur les rituels et franchement vide de sens).

Le problème de ce roman, en fait, c'est que si de nombreux thèmes sont abordés, ils le sont tous avec une espèce de dilettantisme assez agaçant. En effet, il aurait pu nous écrire un authentique roman sur le déracinement, et ça aurait marché. Il aurait pu aussi nous parler de l'altérité et de la rencontre entre deux individus d'espèces différentes (ç'aurait donné au roman un ton proche de celui de Les amants étrangers dont on est assez proche, mais sans - je trouve - le côté profondément charnel et émouvant). Ou alors nous parler de la transformation de Philip Wing, et on se serait rapproché de Projet Miracle. Ou encore nous plonger dans les affres de la création, qui nous aurait rapproché de La mémoire de la lumière. Ou même, il aurait pu se focaliser sur les messagers et leur fameux message, et nous révéler la vérité dans une scène digne de Un feu sur l'abime Un Feu sur l'abîme (quand on apprend que les espèces de cacttus en pots intelligents sont en fait le Mal). Hélas, l'auteur hésite entre toutes ces directions, et le roman perd beaucoup en force, je trouve, pour n'être qu'une chronique de la vie de Philip Wing, architecte, humain, extra-terrestre, amant, et paumé de première.

Du coup, en recommander la lecture serait à mon avis assez risqué. Ne le lisez donc que si vous vous spécialisez dans l'étude de l'architecture extra-terrestre.