Authors

C'est l'histoire de Sliv, agent spécial du CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui veut comprendre pour quoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, qui tente d'influer sur l'histoire des hommes, et dont l'existence est brutalement remise en cause un certain 11 septembre 2001. C'est l'histoire de Youssef, tiraillé entre sa foi et son amitié ; de Maga, jeune femme moderne que son mariage précipite dans une famille d'intégristes ; de Lena, dont la rivalité professionnelle avec Sliv cache peut-être des sentiments d'une autre nature. C'est l'histoire d'une grande nation, l'Amérique, qui trahit ses valeurs quand le monde a le plus besoin d'elle. C'est, d'une certaine façon, l'histoire du siècle qui vient.

Review

Ce second roman mettant en scène Sliv Darthunguver, s'il partage le décor du Consortium de Falsification du Réel, diffère du premier, Les falsificateurs Les Falsificateurs, par bien des aspects.

D'abord, la période historique : ce roman se situe dans l'intervalle de temps qui sépare les attentats du 11 septembre 2001 du début de la guerre d'Irak (le 20 mars 2003 d'après la wikipedia).

Ensuite par la ligne principale de sécnario, qui n'est plus la découverte d'une société secrète contemporaine (ce qui était un très intelligent jeu de faux-semblants), mais l'utilisation de cette société secrète fictive comme une espèce de prise dans l'irréalité d'une situation que l'auteur a sciement choisi d'étudier par le biais de personnages romanesques, là où la qualité de sa documentation me permet d'imaginer que l'auteur aurait éventuellement pu se permettre d'envisager l'écriture d'un essai (pour paraphraser le magnifique Raoul Abdaloff, ca l'aurait placé dans la lignée d'un 3706 dans son Hommage à la Catalogne Gare à la bête - que je n'ai évidement pas lu).

Enfin par la conclusion, qu nous montre un Sliv plutôt carréiriste, là où je l'imaginais trop plongé dans son monde de scénariste pour se préoccuper de jeux de pouvoirs ... D'un autre côté, ça n'est qu'une hypothèse, puisqu'il semble également assez joueur. Et évidement, découvrir la finalité de la société occulte qui l'emploie me semble un assez bon jeu.

D'ailleurs, en parlant de jeu, beaucoup de choses très sérieuses sont prises comme un jeu, ce que je ne peux pas vraiment critiquer. Je citerai par exemple le travail sur l'indépendance du Timor Oriental, durant laquelle Sliv fait du scénarisme sans filet ... d'une façon proprement jubilatoire pour le lecteur, évidement. Je citerai également ses différentes actions de politique interne (notamment l'enquête sur la taupe dont le résultat se révélera curieux). Je citerai enfin la manière dont il utilise son collègue Harvey pour mieux comprendre (et mieux nous faire comprendre, car comme nombre de récits de SF, celui-ci cherche à nous expliquer le monde qu'ils décrit).

Un seul aspect de ce roman me désole un peu : utiliser toute la puissance du CFR (dont on pourrait sans problème faire au minimum un décor de campagne de jeu de rôle, et au mieux le point de départ d'une collection de "parafiction") "juste" pour permettre à l'auteur d’évacuer le traumatisme d'une période certes difficile, mais cependant parfaitement typique du début du XXIème siècle, comme le roman l'explique d'ailleurs de façon assez détaillée. Bon, je fais la fine gueule parce que dès le début des mensonges de l'état américain, je (oui, moi, le lecteur) sentais bien la manipulation grossière, et je sentais également que cette manipulation, pour grossière qu'elle fût, n'en marcherait pas moins, appuyée par la force d'un état pas trop démocratique. Evidement, le parcours de l'auteur, très différent, a du le faire tomber de bien plus haut que moi. Alors pour lui, utiliser ses conspirateurs de papier pour nous éclairer sur cette vérité trop ignoble était une opération aussi tentante que légitime.

Cela dit, la mécanique de ce complot est parfaitement démontée par un auteur qui prend peut-être même un certain plaisir à détailler toutes les (fausses) manœuvres envisagées. Naturellement, séparer celles imaginées dans le cadre du roman (le fameux transfuge de Sliv) des authentiques barbouzeries serait en soi un jeu particulièrement subtil, mais je n'en ai pas vraiment le courage.

Et puis, il y a un autre jeu, beaucoup, mais alors, beaucoup plus subtil à tenter de résoudre : celui des relations entre Sliv et Lena. En effet, le roman ne se termine pas sur de grandes considérations sur l'état présent ou futur du monde, mais précisément sur des réflexions de Sliv concernant ses relations avec Lena ... Alors quoi ? Alors peut-être que tous les éléments sur les relations entre Sliv et Lena ne sont que mensonges, et que la haine entre ces deux personnages décrite dans ce diptyque n'a pas toujours ... ou même toujours pas ... été de la haine. Ce qui nous laisse un mystère bien plus entêtant à résoudre que celui du jeu atroce des sept erreurs entre la réalité et le mensonge aussi moche que l'auteur nous sert ...

Un mystère à la saveur suffisante pour faire de cette lecture - malgré un contexte historique franchement peu reluisant - un sacré puzzle intellectuel, de ceux qui me plaisent bien.