Authors

"Je suis celui que vous nommez Gilgamesh. Je suis le pèlerin de toutes les routes du Pays et d'au-delà le Pays. Je suis celui à qui toutes choses ont été révélées, vérités dissimulées, mystères de la vie et de la mort, et de la mort surtout. J'ai connu Inanna dans le lit du Mariage sacré; j'ai terrassé des démons et je me suis entretenu avec les dieux; je suis dieu moi-même aux deux tiers, un tiers homme seulement." Inspirées de l'Epopée de Gilgamesh, le plus ancien texte épique de l'histoire de l'humanité, voici les mémoires du roi mythique sumérien d'il y a quelque cinq mille années, de son enfance dans la cité d'Ourouk jusqu'à sa quête de l'immortalité. Par un des maîtres de la science-fiction américaine.

Series

Review

J'ai lu ce livre essentiellement parce que ma fille semble devoir étudier cette oeuvre l'année prochaine ... Mais j'y reviendrai.

Il raconte donc la vie de Gilgamesh, devenu roi d'Uruk à la suite d'une habile machination d'un royaume ambitionnant de prendre de la place d'Uruk (première ville du monde à l'époque, semble-t-il). Il devient donc roi, dans une ville dominée principalement par la déesse de la Lune et sa déesse ... avec laquelle il a des relations amoureuses sacrées faciles, mais personnelles extrêmement ambiguës. Une fois roi, il fera la guerre, il partira faire des quêtes dans le but d'augmenter son prestige (et celui d'Uruk, bien sûr), et sera touché par un sort funeste.

Bon.

Silverberg est, de façon incontestable, l'un des plus grands auteurs de SF. Et je me demandai au début de cette oeuvre pourquoi il s'attaquait à un mythe aussi antique (6000 ans d'histoire, quand même). Après l'avoir lu, j'ai compris. Silverberg tente de nous démontrer que ce mythe est avant tout un formidable récit de la fantasy la plus archétypale qui soit. En effet, il nous montre un homme prenant en main son destin, comme un Conan, par exemple, et affrontant une suite d'étapes lui permettant d'assoir sa place dans l'univers, comme n'importe quel récit initiatique pourrait le faire. Evidement, il le fait en reprenant une écriture, ou plutôt des concepts, un peu datés. Ainsi, les malades sont soignés selon les oracles, et la vie de ce roi est rythmée non par son pouvoir absolu, mais par ses obligations sacrées, parce qu'il est avant tout le premier serviteur des dieux.

D'autres choses sont intéressantes dans ce roman, au premier lieu desquelles la réutilisation de certains éléments de ce mythe. J'en ai noté au moins d'eux : l'un célèbre au-delà du possible, et l'autre beaucoup plus confidentiel.

Le premier exemple est évidement le déluge, repompé tel quel dans la bible (enfin, sous sa forme mythique, et pas sous la forme qui sera finalement expliquée à Gilgamesh).

Le second est l'ensemble de cultes présenté ici, qui sera, je pense, réutilisé dans le jeu de rôles Runequest : on retrouve en effet un panthéon solaire au milieu duquel une déesse de la Lune est apparu sous une forme faible, avant de s'élever dans le panthéon pour en devenir la déesse principale (oui, je parle de l'empire Lunar et de la Lune Rouge).

Un troisième exemple me vient maintenant à l'esprit, mais il est beaucoup moins évident. J'ai bien l'impression que Gilgamesh et sa quête d'immortalité corporelle a servi de prototype au Jésus chrétien. Dans les deux cas, le héros est en quête d'immortalité. Dans les deux cas également, sa quête d'immortalité va l'emmener loin. Très loin.

Allez, un dernier point. Je disais en introduction que je l'avais lu parce que c'était une oeuvre étudiée par les jeunes collégiens. Et même pas dans cette version très joliment romancée, hein. Non, dans une espèce de version aride, ne faisant pas de choix dans les différentes interprétations des différents épisodes de la vie du héros, bref, un truc chiant. Au-delà de la traduction, je ne vois pas l'intérêt de cette étude, à moins bien sûr de se placer dans une optique de déconstruction religieuse extrêmement douteuse. Parce que bon, nous faire un truc sur l'apparition de la civilisation en parlant de ce roman, ou sur le style de vie mésopottamien, me paraît également assez peu crédible. Alors ? Ca sert à quoi d'étudier ce mythe en 6ème ? C'est quoi la valeur éducative de cette histoire ?

Parce qu'il ne s'agit finalement que d'une histoire sympathique, rempli de sentiments hyperboliques, mais qui franchement, sous cette forme (qui est une nette amélioration d'une traduction universitaire de ce mythe) n'a rien d'exceptionnel.