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Sous vos yeux, six mondes vont prendre fin : le nôtre bien sûr, déserté par l'humanité, rendu aux hommes-arbres et aux loups ; celui des douze dragons renversés, étouffé par l'information continue ; celui des nomades mongols condamnés à la sédentarisation ; Amsterdam sous les eaux, hanté par le plus étrange des tueurs en série ; la Terre brûlée de Loki, grand farceur et agent provocateur un brin excessif. Six mondes vont prendre fin et tous ne renaîtront pas. Sympathies for the devil présente six textes parmi les plus puissants de Thomas Day et prouve que, outre ses talents de romancier, il est aussi un nouvelliste brillant.

Review

Dans ce recueil, l'auteur nous convie à six fins du monde que je vais détailler, parce qu'elles sont somme toute assez différentes ...

  • Une forêt de cendres, une histoire complètement invraisemblable, mettant en scène une Angleterre aux prises avec un cercle de ténèbres grandissant. Dans cette athmosphère de fin du monde, un homme corrompu dans sa chair est utilisé par la Reine pour ... des visées étranges. J'aimerais bien vous en dire plus, mais ce serait dévoiler l'un des noeuds de l'intrigue. Or dans cette histoire, c'est l'intrigue qui fait le sel, plutôt que le décor assez sinistre ou le personnage principal authentiquement répugnant (portant collier d'oreilles et bras de bébés en guise de décorations martiales).

  • A l'heure du loup nous raconte la fin du monde la plus douce de ce recueil. L'humanité y a laissé la place aux loups, aux hommes arbres et à toutes ces créatures presque imaginaires. J'ai beaucoup apprécié la douceur avec laquelle l'auteur nous convie à la fin de cette humanité, une fin "en douceur", si ce terme est applicable à la fin de notre monde.

  • L'Erreur, ressuscite l’atmosphère des pires récits cyberpunks en nous montrant un petit dealer, possédé par une drogue qui m'a semblé issu des plus basiques histoires de 4764. En effet celle-ci le rend possédé par l'esprit d'un mort, esprit qui va semer la mort un peu partout autour de lui, nous révélant par là-même certains aspects peu ragoutants (voire même proches du snuff movie) de la vie du possédé. Ca n'est pas forcément très drôle à lire, et qui plus est le décor mis en scène n'est pas spécialement original (le Londres décati, perché sur des égouts recelant une vie mystique). C'était à mon sens la nouvelle la moins bonne du recueil.

  • La Mécanique des profondeurs, nous parle d'une mutante aux ouÏes naissantes, qui massacre les gens au nom de la loi dans une Amsterdam envahie par les eaux. Si cette nouvelle partage un ton cyberpunk avec la précédente, le décor y est mieux planté, et la fin bien plus ambigüe. Qui plus est, le poulpe de la fin est une vision tout à fait enthousiasmante.

  • La Notion de génocide nécessaire est une histoire spécialement bonne mettant aux prises aux prises un agent de l'ONU (à la vie familiale compliquée), des nomades mongols, et une interprète aussi bien fichue que sexuellement sûre d'elle. Les grands espaces, le rêve d'une vie meilleure mis en scène dans les étoiles d'un ciel infini, et même la tentative d'un retour à une vie de couple pas forcément heureuse alors qu'un bonheur bien plus grand tend les bras au héros, tout cela rend cette nouvelle sacrément intelligente et optimiste par-dessus le marché.

  • Démon aux yeux de lumière. Je ne m'attendais pas à voir Loki apparaître dans la littérature française, c'est plutôt un élément du fantastique anglo-saxon (lisez donc American Gods), mais son apparition ici n'est pas du tout inappropriée. Même si avec un personnage aussi archétypal, aucun récit ne peut avoir une réelle profondeur.

Bon, je connaissais déja l'imaginaire terriblement tordu de 221441 par ses romans, et je ne suis pas surpris de ce que j'ai découvert dans ces nouvelles (mis à part peut-être "La notion de génocide nécessaire" qui révèle, bien caché au coeur de la noirceur de l'âme de cet homme, un peu de tendresse pour le genre humain).

En revanche, et c'est moi qui est à blâmer, même si l'auteur est bon, je ne suis toujours pas un amateur de nouvelles.