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Dans ce roman, on suit les aventures de Mia/Maya, qui commence son récit à l'âge de quatre-vingt-treize ans et quelques, pour le continuer, apparement, bien plus jeune, et bien différente.

En fait, plus que de Maya, ce roman traite de notre société et du fossé intergénérationnel. Il est d'ailleurs tellement un livre d'opionion plus qu'un roman qu'il me paraît totallement vain de tenter de le résumer. Je me contenterai juste de vous dire que Maya part à la recherche du Feu Sacré de la jeunesse, qu'elle peut, à un moment, l'incarner, mais que finallement tout cela est vain.

Mais parler de l'histoire dans ce livre est plus une insulte qu'autre chose. En effet, Maya est un personnage franchement transparent, et son voyage à travers l'Europe sert plus de prétexte que de véritable intrigue. En effet, comme je l'ai déja dit, ce roman est un roman d'opinion, c'est-à-dire que, apr le biais de différents personnages, l'auteur va nous asséner ses opinions sur le monde. Des opinions qui, heureusement, sont particulièrement fascinantes.

Il abordera ainsi l'émergence inévitable (car liée au vieillissement de la population) d'un complexe médico-industriel, qui gère "en sous-main" l'intégralité de cette société post-humaine. Post-humaine ? Oui, clairement. Car si Mia commence le roman à 93 ans, son physique ne le montre pas. Ce qui le montre plus, c'est sa fascinante expérience de la vie, et le fait qu'elle ne pèse clairement pas les risques comme nous, petits jeunes de moins de 60 ans, pouvons le faire. Ce monde de vieilliards a d'ailleurs quelque chose de monstrueusement fascinant. A la lecture du roman, j'imaginais ainsi des espèces de tortues des Galapagos à forme humaine, regardant gigoter les jeunes comme nous regardons gigoter les moucherons : en sachant très bien que le temps joue pour les plus patients et que, en l'occurence, ce sont les vieux les patients.

Bien entendu, en lien immédiat avec cette civilisation réformée par le vieillissement, l'auteur aborde évidement le thème de l'impossible communication intergénérationnelle. Et là-dessus, on sent clairement le vécu : les jeunes veulent se faire une place dans le monde, quand les vieux, terrorisés par leur passé monstrueux, ne cherchent plus qu'une chose : étouffer absolument toute tentative de changement sous le poids brut, écrasant, de leur patience.

Et puis il y a aussi les aspects annexes, comme la conscientisation d'animaux, avec ces chiens qui dialoguent tranquillement, ou l'esthétique de l'époque, à base, aprfois, de structures organiques, mais toujours habitée par la médicalisation du monde, que ce soit dans le mobilier ou dans les vêtements, et même dans l'esthétique alimentaire.

En fait, pour le dire plus simplement, contrairement à tous les autres romans de 34429 (sauf peut-être La schismatrice), celui-ci est une plongée directe dans l'esprit de l'auteur sur l'évolution actuelle du monde. Parce qu'évidement, comme d'habitude, la SF ne parle pas de demain, mais d'aujourd'hui, rhabillé d'habits futuristes.

Du coup, évidement, handicapé par tout le poids de ses convictions, ce roman perd beaucoup de vue que la fougue de Maya devrait porter une action clairement plus ardente que ce récit de voyage qui se traîne dans des trains, des métros, des avions. Qui plus est, on ne ressent pas un aspect dont l'auteur parle pourtant, en sous-entendus (d'ailleurs il ne s'en rend peut-être même pas compte) : l'animalité de l'homme. C'est-à-dire, le fait trivial que sous couvert d'intelligence, d'idéalisme, de réflexion étherée et vieillissante, nous ne sommes finallement que des machines biologiques dans lesquelles la conscience s'est insinuée un peu par hasard. C'est d'ailleurs tout le sel de la conclusion : lorsque Maya rencontre sa fille et que cette dernière lui dit qu'elle a été abusée, Maya lui répond que non, qu'il est normal qu'elle vive maintenant de cette manière, parce que ce qu'elle vivait avant, cette vie asseptisée de vieillard, ça n'est rien d'autre qu'un cimetière avant l'heure.

Pensez-y la prochaine fois que vous verrez un cimetière, une maisond e retraite, ou même que vous penserez à ces jours heureux, dans cinquante ans, où vous pourrez enfin vivre. En vérité, lorsque cette retraite arrivera, vous ne vivrez pas, vous attendrez simplement la mort parce que la vie vous sera passée sous le nez, dans tous les sens du terme.

Pour cette conclusion, et pour tous les chemins de ce livre qui y mènent, je pense que c'est un livre qui mérite d'être lu.

En revanche, si vous voulez simplement lire une histoire sympa, oubliez-le tout de suite : il 'nest pas pour vous.