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La révolution gronde aux portes de Nouvelle-Crobuzon. Le gouvernement se fait de plus en plus répressif, l'économie est en plein chaos, et les habitants sont à bout. Bientôt, un complot est mené pour assassiner le maire, protégé par la Milice aux pouvoirs surnaturels. Un groupe de rebelles décide de trouver le maître des golems, Judas Bezalle, et le mystérieux Concile de Fer, un train mythique qui traverse les contrées désertiques loin de la ville. Seul ce dernier, dont l'existence semble tant effrayer le maire et ses sbires, pourra aider les révolutionnaires à prendre le contrôle de la cité.

Cet ouvrage a reçu le Prix Arthur C. Clarke et le Prix Locus

Series

Review

Bon, les bouquins de 33918 sont générallement épais, incryablement inventifs, et fabuleusement géniaux. Il se trouve que cette fois-ci, ça n'est pas tout à fait le cas.

Laissez-moi d'abord vous expliquer. Mais attention, parce que comme l'histoire est racontée dans un ordre assez curieux, je ne pourrais pas vous l'expliquer sans faire quelques spoilers.

Dans une Nouvelle-Crobuzon s'engageant d'un pas fier et conquérant dans le chemin de la révolution industrielle, les grèves et la tension sociale deviennent quasiment insupportable. Dans ce context, quelques sympathisants de la cause ouvrière partent à la recherche du concile de fer, un train légendaire car sauvage : libéré des contraintes économiques grâce à une grève ayant abouti à l'évasion de tous les ouvriers et du train.

Le voyage va emmener ces hommes à travers le continent pour plusieurs voyages tous épiques par leur longueur, leurs rebondissement, également. Et bien sûr, pendant ce temps-là, le concile de fer, ce train légendaire, continuera lui aussi sa route.

Bien.

Vous l'imaginez, ce roman nous éloigne encore une fois de Nouvelle-Crobuzon, tout comme Les scarifiés Les scarifiés l'avait fait en son temps. Cependant, là où les scarifiés se promenait à la surface du désert océanique, et se trouvait donc forcément plus circonscrit dans ses différents décors et personnages, ce roman-ci, en arpentant tout un continent de Bas-Lag, nous met en contact avec la folie qui semble résider dans les coins de l'esprit de l'auteur. En effet, on ne va pas ici se contenter de rencontrer des femmes-fourmis, des hommes-aigles ou hommes-moustiques. Ici, les créatures sont beaucoup plus étranges, et elles ne sont même pas les seules, puisque même le paysage semble par moment devenir fou. Et si la cacotopos (qui me fait un peu penser à la tâche de Jupiter) récolte évidement la palme, le paysage précédent de nuages solidifiés/évapoérés mérite un accessit plus qu'honorable, puisqu'il m'a plongé dans des abîmes d'incompréhension : je ne comprenais tout simplement pas l'organisation du décor.

Bon, évidement, le décor, dans les romans de Miéville, est toujours baroque. Cependant, l'intrigue, elle, doit pouvoir soutenir le niveau (de ce décor fabuleux). Et là, franchement, je dois le reconnaître, j'ai été déçu. Déçu par plusieurs de ce que l'auteur voyait comme des morceaux de bravoure, j'imagine. Typiquement, l'intrigue mettant en scène Toro et son action révolutionnaire/terroriste me tombait un peu des mains. Surtout lorsque j'ai compris que son utilité dans le roman était en fait nulle (enfin, mis à part pour que Faucheur, le témoin nous permettant de comprendre toute l'intrigue, puisse se mortifier encore un peu). De la même manière, je ne suis pas sûr que le traitement western de la conquête du continent par les rails de la Nouvelle-Crobuzon soit réellement une bonne idée, mis à part sans doute pour que nos amis d'outre-atlantique comprennent toute la force du clin d'oeil que l'auteur fait à leur pays. Oui, je sais, l'auteur est anglais, mais là, clairement, il nous parle en parallèle de la conquête de l'Ouest et des massacres d'indiens avec les drôles de créatures des marais et d'un autre côté de la révolution industrielle et des mouvements ouvriers (communards parisiens, soyeux lyonnais, et j'imagine proto-communistes anglais). Eh bien je dois le dire, c'est trop pour un seul roman; Et je pense sincèrement que, comme Toro, cette partie sur la vie de Judas Belsace au temps de la conquête du rail aurait pu être évitée sans que le récit en perde beaucoup de richesse.

Enfin, tout cela n'est pas très grave. Car ce roman présente à côté de ces gros défauts quelques qualités qui le font sortir du lot. D'abord, le final du concile de fer dans la Novuelle-Crobuzon. Cette scène, à elle seule, justifie le roman. Pourquoi ? Parce qu'à elle seul elle explique comment une révolution, ou un mouvement quelconque peut survivre : en restant inchangée, enkystée dans son temps initial. Sans quoi, forcément, le système la digèrera pour en faire quelque chose de plus consensuel. Je crois que c'est la démonstration la plus éclatante de l'auteur (qui parsème par ailleurs ce roman de plusieurs manifestes sociaux un peu plus laborieux). Je crois aussi que c'est l'une des scèhnes les plus marquantes que j'aie lu depuis longtemps : le héros de ce roman y sacrifie en effet tous ses camarades de lutte pour que la flamme demeure inchangée. C'est beau, mais terriblement sombre.

L'autre qualité de ce roman c'est qu'il semble contenir bien des aspects de ce que semble être The city and the city. on trouve en effet à un moment une scène dans laquelle Nouvbelle-Crobuzon est partagée en deux cités totalement interpénétrées, et entre lesquelles c'est la guerre. C'est, je crois, un des thèmes que l'auteur utilise dans son novueau roman (que j'ai apr ailleurs hâte de lire).

Tout cela rend ce roman très contrasté, avec des passages frôlant le sublime, quand d'autres frôlent le pénible. J'aurais même tendance, en forcant un peu le trait, à dire qu'il s'agit de mon pire 33918. Et donc, de façon plus générale, d'un bon roman qui vaut d'être lu, mais qui n'est pas indispensable.