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Obéissant à un ordre de Marie de Médicis, sacrée la veille, le maître espion de Sully, Valentin Raoul Rochefort, organise l'assassinat d'Henri IV mais, ne tenant guère à ce que le projet aboutisse, il confie la tâche à un ancien instituteur de province un peu illuminé. Malheureusement, le 14 mai 1610, l'instituteur François Ravaillac profite d'un embouteillage dans les rues de Paris pour poignarder mortellement le roi. Condamné à l'exil, Rochefort se rend en Angleterre où, dès son arrivée, Robert Fludd, un disciple de Giordano Bruno, le charge d’assassiner un autre roi, Jacques Stuart.

Avec ce roman d'aventures dans lequel se mélangent espions, duellistes et astrologues, mathématiques divinatoires et histoire secrète, Mary Gentle confirme son immense talent et se hisse à la hauteur d'Umberto Eco et d'Arturo Pérez-Reverte.

Review

Quelle histoire, non mais quelle histoire !

Alors que je commençais à peine ce roman, un camarade twitter m'expliquait que, si Cendres est une tragédie, ce roman est une comédie. Je n'y croyais qu'à moitié. J'aurais dû pourtant ! Parce qu'effectivement, cette histoire est une authentique comedia del'Arte, comme on n'en fait (hélas à mon goût) que trop rarement. Mais reprenons du début.

Ce roman raconte une aventure de Rochefort (oui, LE Rochefort des trois mousquetaires, mais bien avant qu'il ne s'oppose à d'Artagnan et à ses amis) qui va l'emmener voyager à travers l'Europe et même plus, accompagné de deux personnages aussi curieux que marquants. Non pas que Rochefort ne soit pas un personnage marquant : ancien noble renié par sa famille, maître espion et donc assassin du duc de Sully, premier ministre d'Henri IV, et personnage au physique impressionant. Et pourtant, dans ce roman, il apparaît comme dépassé par ... presque tout le monde. Que ce soit Dariole (sur lequel je reviendrai) ou Saburo, qu'on ne découvre qu'après cent pages (donc en fait rien, puisque ce roman fait ... 1100 pages :), chacun d'entre un - dans un style différent et pourtant semblable - éclipse sans le moindre problème ce "brave" Rocherfort qui passe son temps à se faire tirer à hue et à dia par tous les autres personnages.

Commençons toutefois par le commencement. Vous connaissez tous l'histoire de l'assassinat d'Henri IV par Ravaillac ? Bon, eh ben en fait, c'était un complot organisé par Rochefort ! Ca surprend, hein ? Ne vous inquiétez pas, vous saurez tout ça dès la vingtième page, je crois. Une fois ce coup d'éclat passé, Rochefort s'en va donc, accompagné de Darriole qu'il récupère dans une écurie, pour Londres. Et que lui demande-t-on à Londres ? Bien sûr, tuer quelqu'un.

Evidement, les choses ne seront pas aussi simples ...

Ecrit comme ça, on pourrait croire qu'il s'agit d'une sinistre histoire d'assassin. Eh bien sachez qu'il n'en est rien.

D'abord, ce roman explore les relations plus que troubles liant Rocherfort et Dariole. Dariole, le jeune duelliste révélant une nature beaucoup plus complexe que la simplicité de celui qui vit à la pointe d'épée. Qui plus est, les relations entre Dariole et Rochefort sont marquées à la fois par la perception qu'à Rochefort de la nature de Dariole (qui le pousse à être protecteur sans réellement en être conscient) et à la perception qu'à au contraire Dariole des sentiments qu'il peut inspirer à Rochefort (et pas seulement ceux de protection, hein). Il sera donc évidement question d'amour dans ce roman, mais le genre d'amour dont on ne parle jamais, parce que c'est une relation qui est considérée comme "mal" par Rochefort pour tout un tas de raisons qu'il me semble difficile d'expliquer sans dévoiler une bonne partie de l'histoire, et une partie qui mérite, plus encore que l'intrigue principale je trouve, d'être découverte. Bon, rassurez-vous, cette relation réserve quelques scènes comiques, surtout parce que Rochefort n'est qu'une marionette entre les doigts agiles de Dariole (la première scène de sexe est vraiment drôle sur le coup, et plus encore après coup).

Alors évidement, face à cette histoire aussi poignante et comique que le mariage de Figaro, la relation entre Rochefort et Saubro s'éclipse un peu, tout en gardant un intérêt pédagogique fort. En effet, Rochefort qui n'a aucun honneur, (re)découvre grâce à Saburo l'intérêt d'une conduite honorable ... même s'il d'une part il ne l'applique pas toujours, et que d'autre part le giri de Saburo le pousse parfois à agir d'une façon qu'on pourrait considérer comme assez peu charitable (notament quand il part avec Fludd).

Fludd .... Fludd, le noeud de l'intrigue principale. Imaginons donc que Giordano Bruno, l'alchimiste maudit de la renaissance, ait découvert des formules mathématiques lui permettant de prévoir, autant que faire se peut, l'avenir. Bruno forme une dizaine de disciples qui se dispersent à travers l'europe (bien obligés par la condamnation de Bruno par le pape) et portent, quand ils le peuvent, leurs calculs dans d'autres directions. Ainsi, Fludd, découvrant qu'une comète pourrait dévaster le monde à peu près vers le XXème siècle, se met en tête de permettre à l'Europe de survivre à cette comète en faisant de l'Angleterre sa marionette. L'idée est peut-être bonne, malheureusement son application démarre par un régicide ... ouaip, pas terrible, hein ?

Et évidement c'est là-dedans que Rocherfort vient semer le chaos, comme d'autres personnages marquants de la littérature. Bon il sème le bazar, évidement, mais finira quand même par comprendre l'intérêt qu'il peut y avoir à prévoir l'avenir .. ce qui donnera lieu à l'apparition des Rose-Croix.

Bon, vous vous imaginez bien que quand on ajoute à tout ça des descriptions incroyablement détaillées de Paris, de Londres, et de tant d'autres choses qu'on ne pourrait imaginer trouver dans un récit aussi court, ça donne un récit particulièrement foisonant, fascinant ... enfin, un truc inimaginable, quoi ! Je ne peux donc évidement que vous conseiller de le lire, c'est vraiment, mais alors vraiment une très bonne lecture.