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Saint-Malo, 1922. Sous la brume de guerre qui recouvre l’Europe depuis la fin de la Grande Guerre, Judicaël, seize ans, tente de gagner sa vie en vendant des illustrés. Mais, pour survivre et subvenir aux besoins de son grand-père, il lui arrive de franchir légèrement les bornes de la légalité. Jusqu’au jour où il rencontre la belle Mädchen. Et lorsque celle-ci disparaîtra, Judicaël fera tout pour la retrouver, en espérant qu’elle n’ait pas croisé la route d’un énigmatique tueur d’enfants surnommé le Rémouleur.

Review

Il est fort ce bougre de Thomas Day ! A chaque fois que je crois avoir compris ses gimnicks, il change de style et revient me voir avec une oeuvre aussi originale qu'étrangère aux éléments précédents de son style.

Et donc, dans ce roman, il choisit de nous faire suivre les pas de Judicaël, jeune délinquant malouin, qui va s'en aller délivrer sa princesse assisté d'un allié inattendu avant de partir pour un voyage indescriptible.

Avant d'écrire ce court avis, j'avais dans l'idée de dévoiler une bonne part d el'intrigue, mais je me rend compte qu'une bonne part de ce roman tient à son mystère : le mystère d'une ville de St-Malo noyée sous une brume de guerre, le mystère des différents compagnons que Judicaël trouve au cours de son aventure, le mystère même dans lequel baigne cette aventure.

Et franchement, déflorer tout cela en en révélant trop serait réellement malséant.

Sachez simplement que l'histoire commence dans les années 1920, dans une ville de St-Malo baignée sous une brume qui semble ne jamais vouloir se lever. Normal, puisque la grande guerre ne semble pas vraiment terminée ... Un élément de décor ? Pas seulement, puisqu'il va permettre l'apparition de certaines légendes (le Rémouleur) et l'installation d'une ambiance faisant de St-Malo une ville parfaitement sinistre (je n'ai visité St-Malo qu'en été, mais j'imagine sans problème l'anbiance qu'il peut y régner pendant les matins d'un mois de février humide, par exemple).

Vous avez donc compris, j'imagine, que les décors qui apparaissent dans cette oeuvre sont formidables (je ne vous ai donné que l'exemple de St-Malo, mais c'est aussi le cas de Guernesey, puis d'autres endroits). Coup de bol, ces décors servent une galerie de personnages aussi originaux que charismatiques : Judicaël est ainsi un jeune délinquant essentiellement par obligation : pas un rond, pas de famille, un monde qui le fuit ... il n'a pas vraiment d'autres moyens de survivre, jusqu'à ce qu'il se rende compte que ses actions lui valent une certaine popularité, ainsi que des alliés de circonstances (le patron de bar malouin ressemble tout à fait à un communard comme aurait pu le décrire Roland C Wagner, je pense). Et puis il fait des rencontres aussi fortuites qu'étonnantes : Hans est typiquement le personnage qu'on adore voir dans les romans (comme le seront dans la suite Marie et l'Ogre, en fait) : des caméos nous montrant à quel point l'auteur maîtrise les thèmes de la littérature qu'il construit, en incluant dans la partie la plus steampunk de son récit des figures tutéllaires aussi bien scientifiques que littéraires ou imaginaires (un peu façon La ligue des gentlemen extraordinaires).

J'ai dit steampunk, mais il faut bien comprendre que ce roman n'en est pas.

Pas plus d'ailleurs qu'il ne saurait être de l'Urban Fantasy (même s'il en reprend aussi des codes).

En fait, ce dont il se rapproche le plus, c'est du conte ... et je pense naturellement à Thomas le rimeur. Il l'est par son objectif évident (et clarifié dans les remerciements de l'auteur - auquel je conseille plutôt d'attendre dix ans avant de livrer ce roman à son lecteur), mais il l'est aussi par la façon dont les obstacles s'évanouissent devant le héros dès lors que celui-ci suit le rythme et le code du conte : trouver des alliés de circonstance, ne pas se laisser déborder par la difficulté, toujours croire en son destin.

Il y aurait encore tant de choses à dire de ce roman ... comme par exemple à propos de la délicieuse Mädchen, dont la jeunesse contraste (ou pas) avec la sagesse, mais je crains de n'en dévoiler trop.

Laissez-moi donc vous dire en guise de conclusion que je savais Thomas Day bon auteur, mais que je le découvre ici grand conteur (ce qui est une toute autre paire de manches), et que je ne saurais trop vous recommander la lecture de ce conte nord-breton, hanté par une mer aussi froide que douce. Et, si il vous faut encore une raison pour le lire, dites-vous que vous comprendrez peut-être enfin (en deux paragraphes perdus dans cette histoire magnifique) l'émotion que ressentent les marins lorsqu'ils montent sur un beau bateau.