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An 2300. Verity Auger est une archéologue spécialisée dans l'exploration de la Terre, devenue inhabitable après une catastrophe technologique baptisée Nanocauste. Elle accepte une mission sur Phobos, un satellite de Mars, ou un tunnel secret l'envoie dans une station de métro, à Paris, en 1959 ! Son objectif consiste à récupérer les documents laissés par un agent assassiné avant qu'ils ne tombent entre des mains ennemies. Mais la Terre semble avoir été préservée dans un bloc d'ambre, comme un gigantesque insecte. S'agit-il là d'une fenêtre vers le passé, d'une simulation, ou de quelque chose de totalement différent ? Les documents que Verity doit retrouver sont bel et bien la clé de ce mystère...

Review

Avant d'aller plus loin, je dois commencer par dire qu'il s'agit pour moi du meilleur roman (pour l'instant) de cet auteur.

Il raconte avec brio les aventures - initialement séparées, mais qui finiront par se rejoindre d'une manière inédite - de Verity Auger, archéologue du XXIVème siècle et de Floyd, un détective privé dans une France des années soixante uchronique (dans laquelle la deuxième guerre mondiale n'a pas eu lieu). Leur but sera évidement de sauver des tonnes de gens qui n'en savent rien, dans un univers plutôt hostile.

Un univers certes hostile, mais loin d'être dénué d'intérêt ...

Que ce soit au sein de la civilisation du futur, ou de ce Paris dans une boule à neige (de dimensions certes colossales), l'oeil (ou plutôt l'esprit du lecteur) est sans cesse attiré par de multiples petits détails aguichants : le jazz à St-Germain dans les années 50, qui semble ne pas prendre la même forme que le notre, les technologies des vaisseaux du XXIVème siècle, qui perdent des morceaux pour supporter les accélérations de 100 G, la drôle d'enquête que mène Floyd pour découvrir les assassins, la découverte par Auger puis par Floyd de l'autre face de la réalité, et même le sens de cette "pluie d'argent". Tout cela est très décoratif, mais aide également, au bout d'un moment, à forger une opposition entre ces deux mondes. Si les années 50 de Floyd sont bien ordonnées, elles sont moralement pourries par une idéologie nazillone. A l'opposé, le futur est moralement très clair, avec une opposition physique et idéologique entre les conservateurs (au rang desquels on doit bien sûr compter Auger) et les progressistes (qui sont tous ces Slashers - issus du "./" mystique), mais hélas ce futur est également décadent, car rongé par toutes sortes de "pestes" nanotechnologiques ou autres, qui le rendent ignorant de son passé.

C'est à mon avis là la clé du roman (comme elle l'était d'ailleurs dans ses précédents romans). 51204 nous décrit à chaque fois un futur corrompu, car manquant en quelque sorte d'"âme". Et cette âme semble à chaque fois perdu par un usage irréfléchi de technologies - souvent nano -. En quelque sorte, il faudrait voir Reynolds comme une sorte de Cassandre, nous prédisant dans chacun de ses romans un futur plus sombres. Sauf que dans celui-ci, c'est faux. ce qu'il nous montre, c'est que la préservation de notre âme ne sera possible que si nous allions au progrès technologique un respect de notre histoire. Terriblement français, tout ça, non ?

Malgré cette french touch, j'ai trouvé ce roman sacrément réussi, avec la prouesse intellectuelle de remonter le temps sans vraiment le remonter, et je ne peux du coup que vous encourager chaudement à le lire.