Authors

Lord Monboddo et son sénéchal Anton Lindgren mettent la main, par hasard, sur une statuette du Christ qui semble être l'œuvre du génial Karl Ozaki, mort il y a vingt ans.

 C'est le début d'une folle course-poursuite à travers tout le système solaire, à la recherche de la masse de ngomite d'où ont été extraits les quelques morceaux incrustés dans la statuette. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir la récupérer : ce minéral rarissime aurait été synthétisé par une race extraterrestre maintenant disparue et il attise les convoitises des différentes colonies humaines du système qui voient là l'occasion de prendre un avantage certain sur leurs rivaux.  

 Trahison, meurtre, réflexion sur l'art, menace à l'échelle du système solaire... Sculpteurs de ciel est un space opera qui a su fusionner l'aventure débridée et une ambition esthétique rare.

Review

J'ai lu ce roman il y a un ou deux ans et, curieusement, je n'en avais gardé aucune trace écrite, alors qu'il m'avait profondément marqué. Mais faisons les choses dans l'ordre.

Dans un système solaire du XXIVème siècle déjà colonisé par l'homme, la Terre est toujours occupée malgré les innombrables guerres qui y ont eu lieu. Sur cette Terre, qui semble toute entière être devenue un musée, Anton Lindgren gère le domaine de Lord Monboddo, un riche collectionneur d'art au goût terriblement sûr (bien aidé par sa richesse). Mais comme dans cette illusion d'optique classique où l'on voit une femme tantôt jeune, tantôt vieille, cette réalité en cache une autre dans laquelle ces deux personnages prennent part au destin du système solaire. Heureusement, ces deux réalités se rejoignent parfois, comme dans cette aventure où Lindgren va, après un voyage lui faisant traverser tout le système solaire, retrouver un gisement d'un matériau à la fois artistique et terriblement important stratégiquement. Tout cela se place bien sûr dans un univers séparé en plusieurs factions, dont aucune ne semble être meilleure que les autres, et opposant d''une façon tout à fait traditionnelle le coeur chaud et traditionnel du système solaire à une périphérie plus froide, mais plus exubérante (car moins soumise aux contingences gravitationnelles, peut-être).

Tout cela nous exposé sous la forme de scènes se déroulant dans des environnements variés, où la recherche esthétique est présente dans l'oeuvre comme dans sa présentation. Ainsi, on visitera une Lune imaginée comme une oasis de vie "sous serre" où les animaux vivent jusque dans les chambres d'invités (et pas n'importe quels animaux : des grues, des écureuils, ...) ou une auberge du Japon classique au coeur d'un habitat en orbite entre Mars et Jupiter. Et si chacun de ces décors nous est présenté, c'est avec un soin dans l'écriture qui les magnifie. Et ce ne sont d'ailleurs pas les seuls. J'ai trouvé les différents principaux prêtant leurs pensées au récit traités avec beaucoup de subtilité et ... peut-être ... de tendresse. Même Théophrane de Borgra, l'agent des technos, m'a ainsi paru humain avant d'être un des moteurs de l'action. Quant à Anton, j'ai eu l'impression, rare, de plonger aux tréfonds de son âme alors qu'il se prépare à faire passer (d'une façon typiquement martienne du point de vue du roman) la nécessité avant tout.

Nous avons donc un voyage parmi les plus beaux endroits de cet univers, en compagnie de personnages charismatiques, pour un roman dont la principale ambition n'est évidement pas ce bloc de matière qui pourra, ou pas, projeter l'humanité encore plus loin, mais plutôt un voyage dans le monde de l'art. Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ? On pourrait croire qu'il s'agit essentiellement pour lui de magnifier le beau par la collection de Momboddo. Pourtant, certaines oeuvres présentées (le procès de Nuremberg, les oeuvres des frères dépossédés, ...) ne visent pas le beau, mais avant tout l'émotion chez le spectateur de ces oeuvres. Et c'est peut-être la plus grande force de ce roman, selon moi : réussir à intégrer dans une expérience cohérente des oeuvres suscitant toute la palette des émotions esthétiques sans même se plonger dans des descriptions fastidieuses.

Avec tout ça, évidement, vous devinerez facilement que j'ai particulièrement apprécié cette oeuvre qui traite d'un thème somme toute peu traité en science-fiction : l'art et l'esthétique. En ce sens, on pourrait le rapprocher de l'oecumène d'or L Oecumene D or de 38932, ou La mémoire de la lumière de 1858. Mais il y a dans cette histoire une finesse, une variété dans les différentes esthétiques présentées, qui porte littéralement ce récit.. Alors est-ce que je dois encore vous recommander de lire ce roman ou est-ce que les arguments développés vous suffiront ?