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Les jeunes ont rasé Paris, ont renversé les fondamentaux de notre société ; les jeunes ont osé briser le plus délicieux des tabous : tuer les vieux. Tous les vieux. À partir de vingt-cinq ans. Laissez les Théoriciens vous expliquer pourquoi.

Dans cette atmosphère de guerre civile, de poudre et de béton calciné, deux snipers émergent. Silence, l'idole que les jeunes suivraient en enfer, et l'Immortel, qui compte bien faire vivre l'enfer à Silence. Quel meilleur terrain de chasse que les toits parisiens ?

Avec un cynisme mordant, un humour corrosif, Rien ne nous survivra propose une variation sur notre société actuelle, tout en piétinant les présupposés de notre morale. Car au jeu de l'intolérance jeunes/vieux, qui a commencé ?

Review

Vous pensez que ce livre parle d'une apocalypse ? C'est vrai, mais pas que.

Vous pensez que ce livre parle de Paris ? C'est vrai, mais pas que.

Vous pensez que ce livre parle de snipers ? C'est vrai, mais pas que.

Vous pensez que ce livre parle de la querelle des anciens et des modernes ? C'est vrai, mais d'une manière hyperbolique.

Vous pensez que ce livre parle de la fin de l'innocence ? OUI, c'est vrai, MAIS PAS QUE.

Vous pensez que ce livre est drôle, joyeux, rigolo comme son auteure ? C'est faux. C'est complètement faux. C'est tragiquement faux. C'est totallement faux.

Vous l'aurez compris, ce livre évoque, dans une ville de Paris en proie à une authentique guerre générationelle opposant jeunes et vieux, le destin croisé ... ou plutôt fusionné ... de deux snipers connus uniquement par leurs pseudos : Silence et l'Immortel. Et si le bouquin commence comme une course au level-up entre ces deux super snipers, différentes circonstances de vie vont les forcer pour notre plaisir à se rapprocher dans une étrange danse mélant amour et haine. Par contre, si vous continuez plus loin dans cet avis, attendez-vous à des spoilers pas piqués des hannetons.

Je disais donc que ce roman nous raconte comment ces deux snipers, êtres solitaires par nature, en viennent à se rapprocher l'un de l'autre. Et bien sûr, tout cela n'est pas simple pour le lecteur.

D'abord à cause de la forme du récit. En effet, mis à part les tracts révolutionnaires, celui-ci est exclusivement vu des yeux des deux protagonnistes, qui sont évidement sacrément égoïstes, et ne voient donc dans le reste du monde que le décor de leurs actes, sans jamais tenter d'imaginer leurs réactions, mis à part lors de dialogues qui révèlent bien la vacuité de la jeunesse, ce que je trouve d'ailleurs très habilement joué. Je m'explique. Là où tant d'autres auteurs auraient multiplié les points de vue, en ajoutant à nos deux snipers un ou deux vieux (dont sans doute cette fameuse Anna-Lyse), et peut-être même un soldat des forces de maintien de la paix, Maïa Mazaurette choisit de faire de ce roman un huis-clos avec supplément de gravats en les enfermant dans une rive gauche de paris réduite aux ruines. Et la seule chose qui nous sort de la tête de ces deux sinpers, ce sont ces fameux tracts, que j'ai trouvé fabuleux par leur nihilisme primaire. Pas de promesses de sable fin sous les pavés ici. Pas non plus de civilisation rectifiée. Non. Rien que la mort. La mort pour les vieux trentenaires. La mort pour les femmes enceintes. La mort pour tous les immondes profiteurs de jeunesse. Et enfin, la mort pour les jeunes quand l'ultimatum des forces de l'ONU expirera. C'est pas du tout joyeux, mais je trouve que ca cadre formidablement avec le paysage de dévastation que l'auteure installe dans la ville musée (quoi ? On ne peut donc pas dire ça d'une ville qui n'existe quasiment que par son patrimoine ?). Donc, en n'étant confronté qu'à la réalité obscène et débilitante de ces jeunes possédés affectivement, économiquement, politiquement, socialement, forcément, au bou d'un moment, même moi, vieux lecteur de bientôt 40, je me retrouve à avoir envie de péter les rotules de tous ces croulants d'au moins 40 ans qui se mettent entre moi et ma vie. Surtout quand, effectivement, le jeune est utilisé comme image de perfection partout : sur les affiches, dans les pubs, dans les films, dans la musique. C'est toujours l'apparence de la jeunesse qui nous est présentée. Son apparence, même si, comme le dit l'un des tracts les plus marquants pour moi, il y a toujours un vieux dans l'ombre qui profite du jeune en lui laissant juste de quoi se pourir la santé pour exister aux yeux de ce vieux.

A côté de la dimension fondamentalement universelle de cette révolte des jeunes contre les vieux, un autre aspect de ce roman est particulièrement capitvant : c'est l'idolatrie que semble développer l'Immortel pour Silence. Une idolatrie fondée sur ... quoi ? Une peine de coeur un peu dure à assumer dans ce Paris condamné ? Une envie d'exister, même par opposition ? En tout cas, c'en est assez pour que l'Immortel devienne Silence, et rende donc le récit plus délicat à suivre pour les lecteurs les moins ... subtils ? (en écrivant ça, je pense à une critique lue sur le web où l'auteur explique que l'auteure est incapable de distinguer ses personnages. C'est normal, abruti, puisqu'elle veut précisément nous montrer que l'un cherche à pénétrer l'autre, de la seule manière qui compte : l'esprit). Cet aspect du roman semble plus anecdotique à priori. Pourtant ... pourtant ... Il me semble que dans le twist (comme disent nos amis anglophones) final, c'est justement parce que ce phénomène de dépersonnalisation est arrivé à son terme que le lecteur (moi en l'occurence), se demande si c'est réellement Silence qui est dans l'hélico.

Cela dit, soyons honnêtes.

Fallait-il détruire Paris pour en arriver là ?

Fallait-il opposer le fils à son père, la fille à son père ?

Clairement, oui.

En effet, je ne pense pas que l'auteure ait écrit ça parce qu'elle voulait nous dégoûter, ni parce qu'elle voulait nous épater. Je pense plutôt qu'elle a écrit cette histoire abjecte de trahison, de mort et de déshonneur parce que, comme 848604 quand elle a écrit Le goût de l'immortalité, elle a écrit cette histoire parce qu'elle le devait. Au début, ça m'a surpris d'imaginer que l'auteure pétillante de sexactu, le blog le plus léger du monde, puisse commettre une histoire aussi apocalyptique. Et puis je me suis souvenu de certains messages de son blog, et j'ai compris qu'effectivement, elle devait écrire cette oeuvre sombre, qui parle au jeune en moi (comme elle a parlé aux lycéens qui, semblent-ils, l'étudient attentivement pour nous préparer une vie d'enfer quand la crise nous touchera et qu'on bouffera du chien accomodé aux restes d'enfants).

Alors du cup, je ne vais pas vraiment vous enjoindre à lire comme je peux le faire d'habitude. Parce que, si le jeune en moi a adoré, le père de famille a imaginé mon fils m'explosant la tronche à coups de clef à molette pendant que ma fille fracaissait le crâne de ma femme d'un jeté e de marteau. Et ça, c'est une vison presqu'aussi terrifiante que le contenu de ce roman.

D'un autre côté, c'est le genre de lecture qui ne dit rien d'autre que "toi vieux, souviens-toi du jeune en toi". Et pour ça, elle mérite d'être lue.