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Charles Stross Après Le Bureau des atrocités, voici une nouvelle aventure de Bob Howard, employé de La Laverie, une agence de renseignements ultrasecrète. Elle tente de sauver notre monde des entités terrifiantes surgies d'autres dimensions. Cette fois, Howard doit récupérer une arme redoutable dont s'est emparé un milliardaire américain qui l'a trouvée dans un sous-marin soviétique échoué au fond du Pacifique. Et il lui faut résister aux charmes de Ramona Random, son équivalent américaine à la beauté fatale. Sans négliger une authentique sirène venue d'un autre monde. Charles Stross s'était inspiré de H.P. Lovecraft dans Le Bureau des atrocités. Il rend ici hommage à James Bond et à Ian Fleming.

Series

Review

Dans ce roman, on retrouve Bob Howard, le geek de service de la laverie, embrigadé dans une intrigue complexe mettant en scène une vamp, un milliardaire fou, des services d'espionnage anglais et américains se tirant dans les pattes, et quelques autres trucs.

Ce roman est de ceux dont il est difficile de dévoiler ne serait-ce que le début de l'intrigue, tant la construction de celle-ci fait que le début, le milieu et la fin s'inbriquent comme un casse-tête bien conçu. Histoire de vous mettre l'eau à la bouche, je dirai que, dans ce roman, l'auteur met en scène un adorateur de Cthulu utilisant le mythe de James Bond pour entamer la domination du monde.

Forcément, avec un "pitch" pareil, on peut s'attendre à n'importe quoi. Et effectivement, c'est n'importe quoi du début à la fin. Mais du n'importe quoi de qualité supérieure, du n'importe quoi construit sur des bases solides, et qui font (pauvre de moi) que j'ai cru chaque page de ce récit. Quand je parle de bases solides, je ne parle pas d'un roman de hard-science, car ce n'est évidement pas le thème, ni d'ailleurs le désir de l'auteur. Après tout, le héros se balade avec un PDA chargé de programmes de sorcellerie de combat. Ce qui ôte toute possibilité de crédibilité scientifique. Et pourtant, je crois que c'est là d'un des ressorts de la suspension de l'incrédulité qui marche si bien dans cette histoire : l'auteur applique la même rigueur technoïde à la description des artefacts scientifiques (le bateau plate-forme de forage, par exemple) qu'à celle des artefacts et rituels magiques. Je me demande même si il ne s'agit pas là, de la part de 8794, d'une reprise subtile de la fameuse citation de 566 : "toute science assez avancée est indiscernable de la magie", que d'ailleurs le personnage principal paraphrase, précisément alors qu'il met en oeuvre un rituel un peu complexe, mélangeant le cracking de réseaux sécurisés et la mise en place de sortilèges de surveillance.

Il y a néanmoins un autre aspect qui m'a fait apprécier cette histoire. Vous le savez, je suis marin dans l'âme. Et tout ce qui se passe sur et sous la mer m'attire. là, en particulier, pendant toute la lecture de ce roman, j'ai eu de violentes réminiscences d'un autre roman, lu assez récemment : Les scarifiés. En effet, dans ces deux histoires, les personnages principaux sont à bord de bateaux visant à remonter du fond des océans des créatures qui ne sont pas censées s'y trouver. Du coup, JENNIFER MORGUE 2 (le nom de l'artefact magique repêché dans la mer des Caraïbes) s'est paré des attraits de l'espèce de poisson géant que les scarifiés remontent de leur mer. Et si cette espèce de double lecture a pu me faire louper certains aspects de ce roman (mais je ne crois pas) elle y a ajouté une espèce de magie.

Parce que précisément, je suis sûr que l'un des objectifs cachés du cycle de la Laverie de 8794 est de cacher la magie sous des tonnes de paperasse, et des références spécialement non magiques (en l'occurence ici, les mânes de James Bond). D'ailleurs, à propos de James Bond, je trouve que l'évocation qui en est fait est un modèle de subtilité : ça commence avec une voiture de fonction bourrée de gadgets inutiles (dont évidement un siège éjectable), ça continue forcément avec une vodka-martini, agitée mais non frappée., et puis ensuite on s'envole vers les Caraïbes où les références deviennent de plus en plus explicites, culminant pour moi dans la scène du casino. Je me demande d'ailleurs si ces références à l'agent secret de sa Majesté n'ont pas amené leur lot d'archétypes, comme par exemple une "écriture" (ou peut-être est-ce une "lecture") beaucoup plus cinématographique que pour le premier tome. parce qu'après tout, James Bond est une oeuvre visuelle, non ? Du coup, en convoquant l'esprit de James Bond, 8794 précipite Bob Howard sur le grand écran, ce qui serait certes un sacré morceau de bravoure, mais aussi un sacré moment de cinéma.

Et j'aimerais bien voir ça, autant que j'ai pu apprécier ce formidable, magnifique, et très étonnant roman. je me demande d'ailleurs si je ne suis pas en train de devenir fan de 8794, de son humour un peu distancié, et de ses aventures toujours aux bornes de la folie, mais en plein milieu du génie.