Authors

Trois générations après la Grande Défaite des forces de la Lumière contre l’Occidan noir, les hommes ne connaissent plus qu’un monde privé de l’éclat du soleil. Tous les cinq ans, la Sainte Inquisition envoie cinq Quêteurs aux talents aussi complémentaires qu’aux tempéraments bien trempés, sillonner le continent à la recherche de l’Etoile du Matin, artefact mythique censé ramener la lumière sur le Monde…

Plus qu’une simple aventure, Dehors les chiens, les infidèles… est une interrogation sur la finalité de la foi. Dans ce monde opaque et sans couleur, la Sainte Inquisition a plus de traits communs avec l’Occidan noir qu’elle ne le clame. En religion, les mensonges sont acceptés, mais au nom du Seigneur…

Review

Oh bon sang !

Que l'exercice de critiquer ce roman va être difficile.

Avant tout, un avertissement : depuis des années, je lis le blog de l'auteur : sexactu. Même si il n'y a aucun rapport entre cette oeuvre et les points de vue développés sur son blog, j'en suis quand même un lecteur d'autant plus assidu que je trouve le féminisme sensuel de son auteur parfaitement réjouissant. Je vais donc essayer de critiquer ce roman avec les mêmes difficultés que j'ai pu avoir par le passé à parler des oeuvres de 848604, de 1538972 ou de 1529258.

Bien. Ce roman commence donc avec l'achèvement, dans la frustration la plus complète, de la Quête menée par cinq adolescents à la recherche de l'étoile du matin, une arme magique censée ramener la lumière dans un monde médiéval plongé dans les Ténèbres du Malin (si si, le Malin existe, et nous veut du MAL). Revenant donc dans leur pays sur les traces d'une armée d'envahisseurs, ils découvrent que la vérité de leur Quête n'est pas si évidente que ça, et que de multiples personnages de ce royaume tentent d'utiliser l'existence (ou pas) de cette arme magique à leurs fins. Quant à la suite, je ne vous la raconterai pas, elle est trop noire.

C'est un roman particulièrement surprenant. Surprenant, au premier lieu, parce qu'il est d'une noirceur que j'ai rarement vu : les personnages tentent avant tout de survivre dans un monde hostile empli de mutants (nés difformes par l'absence de soleil depuis des décénies), d'authentiques fanatiques, et de comploteurs de l'ombre. En fait, tout le décor ressemble à la vision qu'on aurait du monde du fond d'une crypte romane salement éclairée de chandelles d'un suif fulligineux. Et croyez-moi, dans une telle athmosphère, on n'y voit pas grand chose.

C'est d'ailleurs ce qui expliquera peut-être le fait qu'on sent très vite que Spérance est clairement l'héroïne de cette histoire, quand Astasie, la belle blonde (qui m'a à un moment fait penser au passage du Seigneur des Anneaux où Galadriel pète un plomb juste en regardant l'anneau), incarne la plus pure séduction du mal : celle du fanatisme religieux, alors que Cyférien incarne clairement la séduction que le même Mal peut faire subir aux simples pour les corrompre dans leur esprit et dans leur chair. Cela dit, des trois personnages phares, Cyférien a pour lui "l'excuse" de devoir agir ne serait-ce que pour survivre. Mais d'un autre côté, Spérance, elle, n'a pas besoin d'excuse.

Mais je parle, je parle, et je me rends compte que j'oublie de vous dire que, pour moi, ce récit a une parenté certaine avec des oeuvres comme Cendres ou La horde du contrevent. Du premier, on retrouve évidement l'héroïne menant sa troupe envers et contre tout, l'univers moyen-âgeux d'un obscurantisme crasse (ah, cette réflexion pas subtile du tout sur les roux !) - et sexiste, avec ça, mais aussi, et surtout, peut-être, le monde plongé dans des Ténèbres quasiment éternelles. Du second, on retrouve la Quête qui n'arrivera forcément pas à son but(oui, je sais, dans la horde du contrevent, c'est plus compliqué que ça, mais là aussi, c'est beaucoup plus compliqué que ça). Et puis des deux, on retrouve une écriture de qualité, quand même.

Parce que 1489885, le clavier sous les doigts, se débrouille sacrément bien pour nous faire adhérer à chaque point de vue, même les plus gluants (genre le cardinal et sa vision du retour de la Lumière qui lui fera dédier d'une façon absolument admirable cette journée au Porteur de Lumière).

Bref, j'ai aimé. Beaucoup même. Enormément, en fait, parce que ce bouquin (pas énorme, ce qui est un avantage) a fait remonter en moi des sensations dépressives dignes des Milliards de Tapis de Cheveux, ou des moments où Kirinyaga utilise les plus grosses ficelles pour nous tirer les larmes des yeux. C'est du tout bon, donc, pour moi, parce qu'au lieu de faire la fantasy à princesses en string et grosses népées, elle nous livre une oeuvre forte par sa noirceur, mais également subtile par certains aspects (que je vous laisserai le plaisir édifiant de leur découverte). Du coup, me voilà transformé en fan attendant avec impatience la sortie de son second roman, que je crois être au moins aussi sombre (ce qui ne lasse d'ailleurs pas de m'étonner, venant d'une personne professant sur son blog une telle joie de vivre et un tel amour des danois).